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Année 2008
Visite
privée de S.A.R. le Prince héritier Philippe de Belgique Mercredi
17 septembre 2008 Le mercredi 17 septembre
2008, S.A.R. le Prince héritier Philippe de Belgique a visité la Maison
de Jean Monnet à Houjarray.
Philippe
Laurette, président de l’Association Jean Monnet, remercie le conseil
d’administration de dimension internationale de l’Association Jean
Monnet et notamment notre représentant flamand Lieven Taillie qui ont
rendu possible cette rencontre et contribuent au rayonnement de notre
activité. L’objectif étant de renforcer et de diffuser le message de
Jean Monnet et surtout de préserver le message initial. Aujourd’hui,
une attention toute particulière est accordée aux chefs d’entreprise. Arnaud
Pinon, directeur, présente l’Association Jean Monnet, ses activités et
ses projets. La
parole est ensuite donnée aux entrepreneurs. M.
Frédéric Lemoine, Président
du Conseil de surveillance d’Areva, s’interroge sur la notion de
« nationalité des entreprises ». En effet, Areva est souvent
perçue comme une entreprise française alors que son marché est mondial.
Il pense que nous nous acheminons vers une définition européenne d’Areva.
En effet, 2/3 de nos employés sont d’origine européenne, et d’un
point de vue technologique, Areva travaille en collaboration avec de
nombreux pays européens ce qui est le seul moyen de se positionner dans
un marché mondialisé face à des marchés comme les Etats-Unis, le Japon
ou l’Afrique du Sud. Depuis l’étranger, nous sommes perçus comme des
Européens avant d’être perçus comme des nations séparées. Le
Prince Philippe demande ce qui intéresse les chefs d’entreprise présents
dans le parcours de Jean Monnet. Intervention
de Reginald de Guillebon, Directeur Général, Parsons France, il
essaie à l’image de Jean Monnet de fédérer des écoles afin de mettre
en place une grande école d’art qui soit capable de rivaliser avec les
entreprises américaines et de survivre d’un point de vue international.
Néanmoins, il se heurte à la difficulté de l’absence de langue
commune dans un environnement anglo-saxon qui n’est pas toujours accepté
par certains pays européens. Son équipe est actuellement composée de
professeurs de 30 nationalités différentes. Quant aux étudiants, il y a
40 nationalités différentes. Gilles
Teisseyre, président fondateur
d’Acturus Group qui regroupe des consultants de 15 nationalités différentes,
pense, au contraire, qu’avec un peu de bon sens et des idées simples la
richesse des gens et des
cultures au sein de l’équipe d’Acturus est une valeur ajoutée et a
permis une croissance extrêmement forte et rapide. Par ailleurs, il
considère que c’est également une très grande richesse sur le plan économique
car cela a permis à l’entreprise d’embrasser un territoire européen
très vaste en respectant les spécificités locales et en étant
fortement imprégnée des cultures locales. Enfin, sur le plan politique,
il croit en une Europe faite de cette diversité parce que le dialogue,
c’est la démocratie. C’est pour cette raison, que l’Europe est
partout et quotidiennement présente. L’Europe n’a de sens que si elle
est créatrice de richesse et de culture, les entreprises sont le sang
qui, bien orienté, permettent de faire mûrir ce projet intelligemment. Le
Prince Philippe en conclut que l’Europe et la diversité en Europe
promeuvent la créativité. Marie-Laure
Djelic, professeur à l’ESSEC
souligne qu’à la différence d’un système classique plus américain-
les étudiants de l’ESSEC sont dans l’obligation de maîtriser à la
fin de leur parcours au moins trois langues. Elle soutient que cela représente
une des dimensions fortes que les Européens doivent essayer de préserver.
Cela fait partie de notre héritage et de notre capacité à donner au
reste du monde cette gestion de la diversité. Un des objectifs de ses
enseignements est de diffuser cet esprit de responsabilité, le sens de la
responsabilité globale par rapport à des enjeux globaux. Là aussi,
l’Europe peut, selon elle, se démarquer par rapport à d’autres pays
du monde. Le
Prince Philippe retient de cette intervention qu’être Européen c’est
notamment avoir la capacité de gérer des enjeux globaux. M.
Vever, d’Europe et entreprises, a lancé l’observatoire du
Marché intérieur du Comité économique et social européen et développé
le lobbying du patronat français auprès des institutions européennes.
Il évoque le statut de société de droit européen et pose une question :
pourquoi n’y a-t-il pas plus de pression auprès des institutions européennes
de la part de véritable euro entrepreneurs plutôt que des entrepreneurs
français, italiens, allemands… Hedwige
Vlasto, avocat en droit des
affaires, souhaite ajouter que les entreprises ne parlent pas le même
langage juridique. Dans une négociation internationale, la question du
droit applicable se pose toujours : selon l’origine des entreprises
va-t-on appliquer le droit français ? le droit anglais ? voire
même le droit malaisien ? Elle signale, par ailleurs, qu’un
« droit européen des contrats » est en gestation depuis
plusieurs années et conclut : le jour où l’Europe parlera d’une
seule voix d’un point de vue juridique, où l’on aura tous un corps
commun et uniforme des règles de formation et d’exécution des
contrats, les relations inter-entreprises en Europe seront largement
simplifiées. Que ce soit au travers d’une directive (à transposer dans
le droit national de chaque Etat) ou d’un règlement, il ne pourra
s’agir que de définitions et de concepts juridiques simples car pour
que ce droit européen des contrats soit efficace, il se doit d’être un
droit simple, compréhensible et applicable par tous. M.
d’Alançon, directeur des programmes à BNP Paribas et fondateur
de «Conversations Essentielles» est fasciné chez Jean Monnet par sa
capacité de conversation avec une grande diversité d’interlocuteurs et
cela en transcendant les frontières culturelles, ce qui a abouti à la création
de prospérité économique et surtout à un grand climat de paix. Cet
enrichissement culturel grâce à la diversité a marqué l’histoire de
l’Europe depuis son origine. Selon lui, on peut constater dans
l’histoire du monde que les grandes périodes d’évolution ont aussi
été des grandes périodes d’intensité de la conversation et
d’intensité de la réflexion dans la diversité. Cela est aussi vrai pour
l’entreprise. Il cite un grand stratège américain qui disait que le 3ème
défi de l’entreprise du 21ème siècle serait l’art de la
conversation car elle crée du génie collectif, une capacité d’analyse
et de décomplexification des problèmes qui est si important pour les
entreprises. Dialoguer dans la diversité permet aussi de se reposer la
question de la finalité de ce que l’on fait et d’un ancrage dans le réel
qui fait tellement défaut. Pour
conclure, un banquier belge (Natixis) pose une dernière question :
« Jean Monnet serait-il heureux dans l’Europe des traités de
Lisbonne ? Est-ce que l’on va renforcer le moteur interne de
l’Europe ? » Le
Secrétaire d’Etat belge aux Affaires européennes répond que Jean
Monnet aurait sans doute de grands motifs de satisfaction mais qu’il
serait aussi déçu d’un certain nombre de difficultés de se mettre
d’accord autour d’une part, d’un projet pour l’Europe -parce
qu’il y a 50 ans il y avait un vrai projet pour l’Europe- et d’autre
part, d’un certain nombre de processus difficiles à mettre en œuvre
pour réussir l’intégration. Le traité de Lisbonne doit donc nous
apporter un certain nombre d’améliorations dans le fonctionnement des
institutions. Il considère en effet qu’aujourd’hui la méthode de décision
ne permet pas de prendre des décisions et que l’Europe est paralysée
par ce manque de consensus. Sur l’élargissement, Jean Monnet serait-il
heureux de voir cette Europe des 27, probablement que oui mais cela
apporte des complications. A vouloir faire rentrer une dizaine de pays
supplémentaires en une seule fois, nous avons fait basculer
le centre de gravité de l’UE et ce n’est pas simple à gérer.
L’Europe est aujourd’hui déstabilisée dans son mode de décision.
Les pays qui nous ont rejoints dans cet élargissement ne partagent pas la
vision de l’Europe que nous avions à 6 puis à 15. Il faut donc
repenser le projet européen et le repenser pour nos concitoyens. Selon
lui, le problème irlandais doit ouvrir les yeux des responsables européens :
l’Europe ne parvient pas à donner conscience à nos concitoyens de la
manière dans laquelle elle a de l’influence sur chacun. Voilà,
pourquoi il est résolument favorable à la mise en place du Traité de
Lisbonne, sinon l’Europe restera paralysée dans son mode de décision. Pour
clôturer le débat, SAR le Prince Philippe remercie pour cette occasion
qui lui est donnée de découvrir ce lieu. Jean Monnet est pour lui, un
homme qui mettait les gens ensemble, sa valeur c’était la confiance. Il
donnait d’abord la confiance pour la recevoir en retour, basée sur le
double concept du « pardon » et de la « promesse ». Il trouve que
c’est quelque chose d’extraordinaire qui donne de l’énergie. Elsa
GLOMBARD, le 15.10.08 Compte rendu M. Jean-Noël Jeanneney, Président de
l’association Europartenaires L’héritage
politique de Jean Monnet est impressionnant. Il possédait un talent inégalable
pour cristalliser des idées en gestation et les canaliser vers
l’action. De
ce point de vue, il a mérité sa place au « Panthéon de l’Europe ». Monnet
est également le symbole d’une méthode pour « faire l’Europe ».
Il avait une vision mais il était de surcroît pragmatique. Ne perdons
pas de vue l’importance du contexte dans lequel les idées se forment.
Il est toujours possible de progresser d’une manière assez abrupte,
mais y associer les peuples est alors primordial afin que l’ensemble
puisse se développer de manière cohérente et durable. Le
fait que les différents Etats membres se reconnaissent dans ce projet,
voilà le fondement de l’Europe. Une voie médiane était alors choisie
entre la notion d’empire et l’approche diplomatique de Metternich. Il
est vrai qu’au cours de l’histoire, différentes approches ont été
successivement appliquées:
·
La
conquête On
peut également y ajouter la constatation de la primauté de l’économie
qui était (ou est encore ?) le noyau autour duquel l’Europe
s’est construite. Depuis,
de nouveaux concepts ont été mis en avant afin que construction européenne
déjà amorcée puisse se poursuivre : les cercles concentriques, les
noyaux durs, les pionniers… Concernant
la méthode, l’importance de la renonciation à l’hégémonie d’un
seul pays est soulignée ainsi qu’un questionnement permanent quant à
la possibilité d’ouvrir la coopération à de nouveaux champs
d’application. Existe-t-il des domaines privilégiés autour desquels il
peut s’avérer prioritaire d’élaborer davantage ? M. Paul Jaeger, directeur exécutif de Russel Reynolds Associates Monsieur
Jaeger est d’avis que la méthode de J. Monnet alliait vision et
pragmatisme. Or, les hommes
politiques actuels manquent de ces deux qualités depuis la dynamique
initiée par le projet d’union économique et monétaire défendu par
Jacques Delors en 1980. Bien que reconnaissant à Nicolas Sarkozy la
qualité de pragmatique, il a exprimé ses inquiétudes à l’égard du
flou sur les grands projets européens. Par ailleurs, il a estimé que la
méthode Monnet comportait des lacunes – avoir trop fondé la
construction de l’Europe sur des élites et négligé les opinions
publiques, affrontait le paradoxe mal résolu de la dialectique complexe
du rapport entre le communautaire – créer un empire - et les Etats
nations – système de Metternich, et a accordé le primat à l’économie.
Notre reconnaissance du rôle de Jean Monnet dans l’initiative de la
construction européenne ne doit donc pas, selon lui, nous enfermer dans
une admiration béate, qui nous empêcherait de l’ajuster aux réalités
actuelles : importance de l’engagement de la société civile, répartition
horizontale des pouvoirs, par exemple. Mme Catherine Lalumière, Présidente de la Maison de l’Europe de
Paris La
méthode de Monnet se concentrait initialement sur des thèmes
mobilisateurs. Les hommes politiques s’efforçaient d’obtenir l’adhésion
des peuples à une Europe quasi mythique (vision élitiste). Néanmoins,
force est de constater que le souhait de rallier les populations peut
mener à des dérives. Nombreux sont ceux qui se sont retrouvés
marginalisés par rapport au processus européen. Cette évolution est
pourtant paradoxale car la population est, aujourd’hui plus qu’avant,
fort concernée par le processus d’intégration européenne (notamment
en ce qui concerne la réglementation), alors qu’elle n’a pas toujours
pris suffisamment conscience de cette dépendance, ce qui engendre la méfiance. Face
à la complexité de la construction européenne, il est difficile de
distinguer les effets positifs des négatifs. Une telle situation crée, même
de manière non fondée, un terrain propice à des réactions de rejet ;
l’inconnu effraie. Comment
faire pour convaincre à nouveau l’opinion publique du bienfondé de
l’Europe ? Madame Lalumière opte résolument pour une meilleure
information de la population mais aussi pour une explication de la
signification profonde du projet européen. Les « Pères de
l’Europe » savaient parfaitement pourquoi ils s’engageaient dans
cette aventure européenne. Le souvenir des expériences ô combien
traumatisantes de la guerre était encore frais dans leur mémoire.
Aujourd’hui, les peuples– et ce grâce à l’Europe- ignorent tout de
ce type d’épreuve. En outre, la perception de cette période comme
suscitant un sursaut s’est estompée. De l’autre côté du spectre,
s’est également émoussé le besoin, voire l’ambition, de poursuivre
le projet européen. Le
désarroi des peuples constituait précisément le talon d’Achille de la
campagne référendaire de 2005 en France. Il
faut donc retrouver non seulement la raison et le sens de l’aventure
européenne mais surtout l’âme de l’Europe et ses valeurs, telle que
la solidarité. Sinon, le vide continuera à s’amplifier dans les
esprits fragilisant ainsi, même involontairement, la construction européenne. M. Jacques Delors, ancien Président de la Commission Le
Président Delors a expliqué dans quelle mesure le parcours biographique
de Jean Monnet avait marqué les principes de son action. De l’échec de
la SDN, il avait conçu l’idée du développement nécessaire d’une
gouvernance mondiale. Comme Commissaire général au Plan, il avait appris
l’importance d’être inventeur d’avenir et de simplicité. Il fut
aussi à l’origine du plan Schuman qui a produit le Traité CECA, que
Jacques Delors qualifie de « plus beau Traité Européen »
parce qu’il reposait sur trois principes essentiels : égalité de
droit et de vote entre les Etats, indépendance de l’exécutif, et coopération
entre institutions plutôt que subordination. Enfin, il a estimé qu’en
sa qualité de fondateur du comité d’action pour les Etats-Unis
d’Europe, Jean Monnet a péché par l’élitisme en cherchant à
convaincre les grands acteurs sans se soucier de s’allier la population.
Si les trois principes de la CECA ne sont peut-être plus applicables à
vingt-sept, Jacques Delors a souligné que rien n’empêchait le
gouvernement d’un Etat membre d’associer ses institutions nationales
et de s’adresser à sa population pour s’engager de manière déterminée
en faveur de la construction européenne. Un effort intellectuel est nécessaire
a rappelé l’ancien Président de la Commission qui a exprimé sa
crainte de voir les hommes politiques européens se résigner à ne
pouvoir mettre en place une Europe politique. Il a estimé que face au
dilemme d’être en faveur ou non de l’élargissement, la coopération
renforcée ou différenciation constituait un bon instrument, et a regretté
que l’UE avait perdu un « allié de poids » en la personne
de Mme Merkel qui est opposée à la formule des coopérations renforcées. I-
Perspectives Le Président Delors Le
Traité de Lisbonne suscitera, selon Jacques Delors, une bataille
politique pour le pouvoir entre le futur Président de l’UE et les deux
autres personnages clés, le Haut Représentant de l’Union pour les
affaires étrangères et la politique de sécurité et le Président de la
Commission. Il a exprimé ses appréhensions quant à l’entrée en
vigueur du nouveau Traité alors que « les institutions fonctionnent
mal », et que ce Traité ne comporte de dispositions opérationnelles
nouvelles sur l’union économique et monétaire et les questions
sociales : deux thèmes de la Convention sur lesquels Valéry Giscard
d’Estaing avait dû constater le désaccord entre Etats membres. Et de
poursuivre, « c’est une erreur de faire une présidence tournante
si les institutions fonctionnent mal ». SAR le Prince Philippe et P. Jaeger A
une question de SAR le Prince Philippe sur la proportion des textes
juridiques adoptés par l’UE, Jacques Delors à répondu que 20% des
textes portaient sur des questions sociales, contre 60% pour l’économie.
Paul Jaeger a précisé qu’il fallait y ajouter l’indispensable
compatibilité des textes législatifs nationaux avec les textes
juridiques européens. M. Bruno Vever, Prenant
à rebours la phrase de Jean Monnet sur la nécessité de coaliser des
hommes et non des Etats, Bruno Vever, membre du comité d’orientation de
l’association Jean Monnet et durant vingt ans représentant du patronat
français à Bruxelles, a déclaré : « nous avons coalisé des
Etats, nous cherchons les hommes européens ». Et d’illustrer son
propos en signalant la carence d’encadrement économique européen qui a
conduit à l’absence d’hommes d’affaires européens et de missions
économiques européennes, par exemple. La stratégie de Lisbonne est
qualifiée de « Gossplan », alors que l’on doit déplorer un
désaccord persistant sur le brevet communautaire, une ouverture limitée
des marchés publics, des résistances à la libre circulation des
services entre Etats membres, et un cadre légal communautaire insuffisant
pour les entreprises. Selon lui l’UE, qui a progressé durant plusieurs
décennies grâce à un axe politique, est devenue aujourd’hui trop
lourde, et ne pourra avancer qu’en impliquant davantage la société
civile; les deux composantes nécessaires – axe politique et partenaires
sociaux – sont comparées aux deux axes moteurs indispensables à la
locomotion d’un véhicule tout-terrain. Face à ces lacunes, quelles
seront les réponses de l’UE à la mondialisation ? M. Pascal Fontaine, Vice-président de l’ M.
Fontaine part de la constatation qu’il n’y a plus de guerre en Europe
là où la méthode communautaire est appliquée. C’est le symbole
incontestable du succès de cette méthode. Le
message sous-jacent de Jean Monnet était le postulat selon lequel il y a
toujours un intérêt commun à identifier entre les individus et qu’il
s’agit donc de découvrir ce qui est réalisable en commun avec un bénéfice
mutuel. Une telle étape n’est possible que si règne la confiance. Afin
d’instaurer une telle confiance, il faut savoir choisir le moment
propice pour planter les premiers jalons permettant de passer ensuite
d’un ensemble statique à un ensemble dynamique et positif. Le
20ème siècle était « un siècle de fer et
d’affrontements». Monnet était un postmoderniste qui a introduit
« le softpower ». Il faisait référence à des concepts comme
le pardon et la promesse. Aujourd’hui,
au début du 21ème siècle, les 27 chefs d’Etat et de
Gouvernement feraient bien de consacrer du temps à mieux expliquer, de préférence
via les médias, de quoi il s’agit en réalité. De telles explications
seraient opportunes non seulement à la veille des Conseils européens,
mais également « the day after ». Dans
ce contexte, chaque Chef d’Etat doit prendre ses propres responsabilités
et ne pas se contenter, par facilité, d’en laisser le soin à la Présidence. Le Président Jacques Delors J.
Delors a tenu à rappeler, en analysant les raisons du succès de la méthode
Monnet dans les années cinquante, l’importance du post modernisme
caractérisant les vues de Jean Monnet (pardon / promesse) et du rôle
constructif des pays du Benelux. M. Gilles Briatta, Secrétaire général des affaires européennes
et Conseiller Europe à Matignon Gilles
Briatta, Secrétaire Général des Affaires européennes et conseiller
Europe au cabinet du Premier Ministre, est d’avis que l’UE est appréciée
pour les solutions qu’elle apporte aux problèmes considérés comme
stratégiques par les citoyens, et lorsque les Etats membres ont la
conviction que la solution ne peut plus être nationale (efficacité
majeure de l’action européenne). Ainsi a-t-il cité l’exemple de la
préparation des conclusions sur la Russie lors du dernier Cagre du 1er
septembre 2008 consacré à la Géorgie. Tous les Etats membres,
quoiqu’opposés au principe de sanctions contre Moscou, avaient aisément
accepté d’être unis dans la fermeté, ayant compris que c’était le
seul moyen pour imposer des lignes rouges crédibles au gouvernement
russe. Il en va de même du dossier énergie-climat qui, bien que très
lourd en sacrifices pour les industriels et les producteurs d’énergie
de l’UE, fédère les Etats membres pour avoir une influence sur les négociations
de l’après-Kyoto. Il s’est voulu optimiste en évoquant à la fois
une « très grande demande d’Europe », surtout sur les
questions stratégiques, même si les institutions ne fonctionnent pas de
manière optimale, et la persistance d’une approche collégiale et coopérative
des Etats membres qui permettent à l’UE de faire face à des problèmes
globaux. Il a rappelé la nécessité pour chaque présidence de l’EU,
dont celle de la France, de travailler collégialement avec les
institutions (Commission, Parlement Européen, Conseil) : « cela
ne fonctionne que comme cela, encore faut-il ne pas se tromper de sujet ».
Il a suggéré, en outre, un effort de communication pour améliorer la
connaissance des bienfaits de l’UE auprès de grand public. M. Olivier Chastel, Secrétaire d’Etat aux affaires étrangères,
chargé de la Présidence belge Selon
Monsieur Chastel, la manière avec laquelle la France a entamé sa présidence
dans des conditions institutionnellement et politiquement difficiles
constitue une expérience enrichissante dans la perspective de la présidence
belge de l’UE. Par ailleurs, il est d’avis qu’il deviendra de plus
en plus difficile de mettre au goût du jour une grande vision européenne,
du fait des élargissements récents. Les nouveaux venus n’ont pas
toujours la même vision et n’accordent pas la même valeur à la
construction européenne que les fondateurs ; ils envisagent l’UE
plutôt sous l’angle des avantages qu’ils peuvent en retirer. A cet égard,
Olivier Chastel a rappelé la responsabilité de l’UE qui, avant de
faire miroiter aux pays des Balkans les avantages d’une adhésion à
l’UE et de souligner l’importance d’offrir à ces pays une
perspective européenne à court terme afin de les stabiliser, doit
d’abord encourager un approfondissement et améliorer le fonctionnement
des institutions. Il a ensuite déclaré que le « non »
irlandais faisait apparaître une méconnaissance des enjeux et
constituait une réaction disproportionnée à l’égard du Traité de
Lisbonne, ce dernier devant apporter des solutions aux dysfonctionnements
des institutions. Enfin, il a critiqué les contradictions de certains
responsables politiques qui accusent systématiquement les institutions
européennes de tous les maux pour excuser leurs propres faiblesses
d’une part, et s’efforcent ensuite de vanter les qualités de l’UE
auprès de leurs populations d’autre part. II-
Possibilité de transposer la méthode Monnet et le modèle européen à
d’autres régions du Monde Président Delors J.
Delors a estimé que les tentatives de copier la construction européenne
dans une autre région du monde sans appliquer la méthode Monnet (cf.
supra) s’étaient soldées par un échec (ex. Mercosur). Par ailleurs,
il a rappelé la contribution fondamentale et « inouïe » de
Robert Schuman qui, dans le contexte des rancœurs d’après-guerre et de
la forte volonté de revanche, a permis une réconciliation
franco-allemande durable en la fondant sur le pardon et la promesse. SAR le Prince Philippe et Madame Catherine
Lalumière) Madame Lalumière, s’exprimant en réponse
au Prince Philippe qui souhaitait savoir si l’idée du pardon et de la
promesse, moteur de la construction européenne initiale d’après
guerre, avait disparu ou si ce concept pouvait apporter des éléments de
réponse à la situation actuelle de crise dans les Balkans, faisait ici référence
à son expérience dans le cadre du Conseil de l’Europe. Dans
l’ancienne Yougoslavie, les peuples n’ont jamais compris et encore
moins assimilé cette manière de penser. Là-bas, ce qui régnait dans
les esprits, c’était un sentiment de vengeance, impossible à éradiquer.
La notion profondément ancrée d’avoir toujours raison était un
obstacle neutralisant le fait même de considérer d’autres options
possibles. Ceci est l’antithèse du « thème du pardon » qui
imprégnait les pensées des « Pères de l’Europe ».
*************************************** Visite
de Monsieur Hans-Gert Pöttering Président
du Parlement européen à la Maison de Jean Monnet 2
juillet 2008 L’Association
Jean Monnet a eu l’honneur
de recevoir M. Hans-Gert Pöttering, Président du Parlement européen
à la Maison de Jean Monnet le mercredi 2 juillet 2008. A l’occasion de
cette visite, le Président a inauguré la salle de conférence qui porte
désormais son nom. Ceci en présence de la famille de Jean Monnet ainsi
que de l’ancien Président du Parlement européen
et du Conseil Italien, Emilio Colombo. (Photographe : Robert KORKOS © AJM)
========================================================== Visite
exceptionnelle de Margot Wallström, Vendredi 4 avril 2008. « La maison de Jean Monnet a une âme, je vous encourage à aller vous y frotter. Ce lieu chargé d’histoire est vivant, ses pierres usées respirent et portent un message fort à tous ceux qui s’interrogent sur l’origine de l’Europe qu’il nous a en grande partie léguée » Le 4 avril 2008, c’est sous un soleil printanier
que l’Association Jean Monnet a reçu à Houjarray la visite
exceptionnelle de Madame Margot Wallström, Vice-présidente de la
Commission européenne. Dans le salon de la Maison Jean
Monnet. Enfin, elle s’exprima sur le Traité de Lisbonne visant à mettre en place une Europe plus démocratique et plus efficace. L’Europe des citoyens, la communication des instances européennes avec la population et en particulier avec les jeunes, autant de priorités chères à Madame Wallström[1] qui insista sur le fait que la Maison de Jean Monnet est un de ces lieux essentiels et uniques dans le processus de dialogue entre l’Europe et ses citoyens. Mme Margot Wallström et M. Arnaud Pinon L’intervention s’est poursuivie par une séance de questions-réponses dans la salle de conférences de la Maison de Jean Monnet au cours de laquelle l’échange avec les lycéens fut instructif et vivant. En voici quelques extraits : - « Quels sont les critères pour rentrer dans
l’Union européenne, quels sont les avantages de la citoyenneté européenne ? » Cette question fut l’occasion pour la Vice-présidente
de rappeler à nouveau sa conviction profonde
en faveur d’une Europe plus démocratique et plus proche des citoyens.
Les critères pour pouvoir adhérer à l’Union sont nombreux mais Madame
Wallström insista avant tout sur le respect
des libertés et de la démocratie. Concernant la citoyenneté européenne
elle est renforcée par le Traité de Lisbonne grâce à la Charte des
Droits fondamentaux et au droit d’initiative citoyenne. Quant à la
Commission, son rôle est d’informer et de dialoguer avec les citoyens
pour donner un sens à la notion de « citoyen européen ». Madame Wallström a dit appartenir à ceux qui
pensent que l’Europe ne doit pas forcément
être une force militaire, ce n’est pas, selon elle, la priorité :
« L’Europe est une force sociale et économique c’est cela que
nous devons montrer au monde, je ne pense pas que l’Europe doit être nécessairement
plus forte militairement» Ayant insisté sur la nécessité pour l’Europe
d’avoir une politique de voisinage forte et active, Madame Wallström
considéra que préparer l’entrée de la Turquie dans l’Europe est une
des missions majeures de sa génération politique. Selon elle, l’entrée
de la Turquie dans l’Union européenne serait un exemple parfait pour
stopper les fondamentalismes et créer un « pont entre les deux
mondes ». Il faut que l’Europe aide la Turquie à se réformer, et
qu’elle pousse au respect des droits de l’Homme dans ce pays. Evoquant
à ce sujet les récentes tensions en Chine, elle estima que l’isolement
n’était pas la solution mais que l’Europe devait faire pression pour
la fin des violences au Tibet et mettre sur la table le problème du
respect des droits de l’Homme. Madame Wallström, s’adressant aux jeunes, conclu
cet échange par « Souvent on me dit que je suis une VIP mais you
are the V.I.P, you are the future of Europe, vous êtes la solution pour
maintenir la paix et construire l’Europe »
La journée se poursuivit par une discussion avec des membres du conseil d’administration autour d’un buffet où l’on évoqua, entre autres, son action « Debate Europe » dont l’objectif est de promouvoir un réel dialogue avec la société civile. Les questions de la communication de l’association Jean Monnet par le biais d’Internet, la création de productions audiovisuelles multilingues et de la diffusion de l’information sur la Maison de Jean Monnet auprès des fonctionnaires européens ont aussi été abordées.
Signature
du livre d’Or par Madame http://blogs.ec.europa.eu/wallstrom/qui-sera-le-premier-a-organiser-un-sommet-des-citoyens/
[1]
Elle
s’exprime ainsi dans son blog « Qui
sera le premier à organiser un Sommet des Citoyens ? La
France, la République Tchèque et la Suède, les trois présidences
à venir de l’Union européenne, sont-elles prêtes à
relever ce défi démocratique ? A quand ce Sommet populaire
en parallèle du Sommet des chefs d’Etats et de
gouvernements ? Quand est-ce qu’on offrira à la société
civile une plateforme politique et médiatique à la hauteur
de celle dont disposent les décideurs européens ? » ========================================== "Aimer l'Europe", de Robert Toulemon Je suis heureux de signaler à votre attention la publication de l’ouvrage de notre ancien président Robert Toulemon « Aimer l’Europe » (Lignes de Repères, Mars 2007, 157 pages, 13,50 euros).
Président de l’AJM en 1998 et 1999, Robert Toulemon, militant
européen de toujours, a dirigé le cabinet de Robert Marjolin en 1962 –
L’originalité de ce nouvel ouvrage est de prendre le contre-pied de l’euroscepticisme ambiant en montrant que, depuis cinquante ans, les gouvernements n’ont rien fait pour faire aimer l’Europe mais beaucoup pour la faire détester en lui confiant les tâches ingrates et en lui attribuant la responsabilité des mesures impopulaires. Or une entreprise aussi novatrice et ambitieuse que l’union de vieilles nations longtemps rivales ne peut réussir sans une adhésion non seulement rationnelle mais affective. Ce petit ouvrage facile à lire contient des analyses et des propositions nouvelles dans plusieurs domaines : -
la description complète des occasions perdues par - un projet de relance de la croissance et de l’emploi par la mise en commun des moyens européens en matière de recherche et d’innovation, civile et militaire et pour aider à la reconversion des travailleurs victimes des mutations industrielles ; - un ensemble de propositions rangées par l’auteur sous le titre « définir et promouvoir l’identité européenne », fondées sur la complémentarité entre citoyenneté européenne et citoyenneté nationale, d’une brûlante actualité en ces temps d’exaltation de la mono – identité ; - la définition d’une grande politique étrangère de l’Union ayant pour objectif, à partir de son expérience de conjonction des souverainetés, d’une réforme du système mondial répondant aux nouveaux défis planétaires. Aimer l’Europe n’est pas un livre de nostalgie. Il est plutôt un bréviaire destiné aux militants de l’Europe qui doivent la faire aimer pour ce qu’elle est et qui est si mal connu mais aussi pour ce qu’elle devrait être pour répondre aux attentes de ses citoyens.Philippe
Laurette
Inauguration
de la maquette de la Maison de Jean Monnet Dans le cadre des festivités liés
aux 50 ans des traités de Rome, la maquette de la Maison de Jean Monnet
sera inaugurée le lundi 23 avril 2007 sur le site de Mini-Europe à
Bruxelles en présence de M. Siim Kallas, Vice-Président de la CE ; M.
Charles Picqué, Ministre-Président ; M. Guy Vanhengel, Ministre des
Relations Exétérieures du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale
; M. Philippe Laurette, Président de l'Association Jean Monnet et M.
Jean-Gabriel Lieberherr, petit-fils de Jean Monnet.
La maquette de la Maison de Jean Monnet est également présente depuis mai 2002 à France Miniature, situé à Elancourt (Saint Quentin en Yvelines) à moins de 25 km de Paris et à proximité de Versailles (www.franceminiature.com)
================================================== Année 2006
Dans le cadre de travaux croisés allemand-géographie, 27 élèves en classe de 1ère S4 et S7, langue vivante 1, au Lycée Richelieu à Rueil-Malmaison (92), ont travaillé sur le sujet : "Genèse de l'Europe, l'action de Jean Monnet". En date du 14 mars 2006, ils se sont rendus en visite pédagogique à Houjarray et ont approfondi leurs connaissances grâce à la visite de la Maison de Jean Monnet et à la conférence de M. Julien Gascard. Le
Samedi 25 mars 2006, lors de la journée "Portes Ouvertes" du
Lycée, ils ont sensibilisé leurs cadets en seconde et leurs aînés en
terminale à l'œuvre de Jean Monnet grâce au prêt de l'exposition : "Jean
Monnet : images d'une vie", constituée de 13 panneaux en langue
allemande. * * * * *
Année 2005 Visite de Mme Catherine
Colonna, Ministre Déléguée aux Affaires
Européennes, à la Maison de Jean Monnet
(27.10.2005) Le 27 octobre dernier, Mme Colonna s’est rendue avec une délégation en visite à la Maison de Jean Monnet. Programme Discussions
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